{"id":3094,"date":"2022-01-30T06:42:35","date_gmt":"2022-01-30T05:42:35","guid":{"rendered":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/2022\/01\/30\/excel-ma-tue-comment-la-bureaucratie-a-asphyxie-notre-systeme-hospitalier-lobs\/"},"modified":"2022-01-30T06:42:35","modified_gmt":"2022-01-30T05:42:35","slug":"excel-ma-tue-comment-la-bureaucratie-a-asphyxie-notre-systeme-hospitalier-lobs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/2022\/01\/30\/excel-ma-tue-comment-la-bureaucratie-a-asphyxie-notre-systeme-hospitalier-lobs\/","title":{"rendered":"\u00ab Excel m\u2019a tu\u00e9 \u00bb : comment la bureaucratie a asphyxi\u00e9 notre syst\u00e8me hospitalier &#8211; L&#039;Obs"},"content":{"rendered":"<div class=\"cfbc967f0983488262956e73eca9483a\" data-index=\"1\" style=\"float: none; margin:10px 0 10px 0; text-align:center;\">\n<script async src=\"https:\/\/pagead2.googlesyndication.com\/pagead\/js\/adsbygoogle.js?client=ca-pub-3859091246952232\" crossorigin=\"anonymous\"><\/script>\r\n<!-- blok -->\r\n<ins class=\"adsbygoogle\" data-ad-client=\"ca-pub-3859091246952232\" data-ad-slot=\"1334354390\"><\/ins>\r\n<script>\r\n     (adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({});\r\n<\/script>\r\n\n<\/div>\n<p>L&#039;Obs<br \/>T\u00e9l\u00e9Obs<br \/>Suppl\u00e9ments<br \/>Hors-S\u00e9rie<br \/>&laquo;&nbsp;Les Tricheurs&nbsp;&raquo;, jeunesse vintage<br \/>Un sex-toy sur l&rsquo;&eacute;tag&egrave;re du salon&nbsp;? Oui, mais design&nbsp;!<br \/>&laquo;&nbsp;Excel m&rsquo;a tu&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp;: comment la bureaucratie a asphyxi&eacute; notre &hellip;<br \/>La dur&eacute;e du certificat de r&eacute;tablissement du Covid bient&ocirc;t &hellip;<br \/>Val&eacute;rie P&eacute;cresse, en 29 langues dans Wikip&eacute;dia<br \/>   Psychiatre   <br \/>Dans une tribune \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019Obs\u00a0\u00bb, le psychiatre Bernard Granger, d\u00e9fenseur de la premi\u00e8re heure du service public hospitalier, partage ses strat\u00e9gies de survie dans un milieu plomb\u00e9 par les normes.<br \/>L\u2019h\u00f4pital public est un terrain d\u2019observation privil\u00e9gi\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne bureaucratique. L\u2019opium des directions hospitali\u00e8res actuelles est \u00ab\u00a0le projet\u00a0\u00bb. Quand un directeur ne sait plus quoi vous r\u00e9pondre et cherche \u00e0 se d\u00e9barrasser de vous, il ordonne\u00a0:<em> \u00ab\u00a0\u00c9crivez-moi un projet\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Tout est projet\u00a0: projet m\u00e9dical, projet manag\u00e9rial, projet social, projet de soins, projet d\u2019\u00e9tablissement, projet financier, projet de p\u00f4le, projet de d\u00e9partement, projet de service, projet de chefferie de service, projet p\u00e9dagogique, projet des repr\u00e9sentants des usagers, etc. Aucun projet ne se r\u00e9alise comme pr\u00e9vu, car c\u2019est une litt\u00e9rature fictionnelle qui donne l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e sous l\u2019emprise de stup\u00e9fiants. Et que dire de ces rapports annuels d\u2019activit\u00e9, enqu\u00eates administratives, rapports d\u2019\u00e9tapes, feuilles de route, plans strat\u00e9giques, bo\u00eetes \u00e0 outils, \u00e9tats pr\u00e9visionnels, plans locaux de sant\u00e9, plans globaux de financement pluriannuels, strat\u00e9gie nationale de sant\u00e9, pilotage de la transformation (l\u00e0 o\u00f9 il faudrait plut\u00f4t une transformation du pilotage), retours d\u2019exp\u00e9rience (RETEX, dans ce verbiage bourr\u00e9 de sigles et d\u2019acronymes dont plus personne ne finit par conna\u00eetre la signification)\u00a0? Qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ces fadaises\u00a0? Qui lit ces documents destin\u00e9s \u00e0 une \u00e9tag\u00e8re empoussi\u00e9r\u00e9e puis \u00e0 la d\u00e9ch\u00e8terie\u00a0?<br \/>Fait assez curieux, la bureaucratie assure sa domination non pas en exigeant des donn\u00e9es fiables ou contr\u00f4l\u00e9es, mais se satisfait de ce que chaque case soit remplie. L\u2019exp\u00e9rience a montr\u00e9 que r\u00e9pondre n\u2019importe quoi \u00e0 ces inquisitions n\u2019a aucune cons\u00e9quence. C\u2019est une d\u00e9couverte \u00e9tonnante qui peut vous simplifier la vie. On peut m\u00eame dire que le recueil de donn\u00e9es est une entreprise al\u00e9atoire. L\u2019acribie n\u2019est pas la qualit\u00e9 premi\u00e8re des fournisseurs de chiffres officiels.<br \/>Les membres de cette oppressante cl\u00e9ricature souffrent d\u2019une \u00e9trange manie, li\u00e9e \u00e0 celle des indicateurs chiffr\u00e9s\u00a0: l\u2019exigence de \u00ab\u00a0reporting\u00a0\u00bb. <em>\u00ab\u00a0Faire de la satisfaction d\u2019indicateurs l\u2019objectif d\u2019un travail, non seulement d\u00e9tourne une partie de ce travail d\u2019une action productive (un temps croissant \u00e9tant consacr\u00e9 \u00e0 renseigner ces indicateurs), mais le d\u00e9connecte des r\u00e9alit\u00e9s du monde, auxquelles est substitu\u00e9e une image chiffr\u00e9e construite dogmatiquement\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit le juriste Alain Supiot. La demande de \u00ab\u00a0reporting\u00a0\u00bb porte sur la moindre action, le moindre geste, bient\u00f4t la moindre pens\u00e9e, le moindre r\u00eave. Le temps pris par le \u00ab\u00a0reporting\u00a0\u00bb finit par recouvrir le temps pass\u00e9 \u00e0 agir. Comment les historiens feront-ils pour ne pas porter un regard s\u00e9v\u00e8re sur ces t\u00e9n\u00e8bres\u00a0? Comment seront jug\u00e9s \u00e0 la fois ceux qui ont r\u00e9pandu et ceux qui ont accept\u00e9 sans broncher cette barbarie\u00a0? Affirmons avec S\u00e9n\u00e8que qu\u2019<em>\u00ab\u00a0il viendra un temps o\u00f9 notre ignorance de faits si \u00e9vidents fera l\u2019\u00e9tonnement de la post\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<br \/>Les normes et proc\u00e9dures prennent le pas sur le savoir-faire. Dans un article paru en\u00a02015 dans la<em> <\/em>\u00ab\u00a0Revue de m\u00e9decine interne\u00a0\u00bb<em> <\/em>intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Jugement pratique et burn-out des m\u00e9decins\u00a0\u00bb, le professeur de m\u00e9decine Jean-Christophe Weber, \u00e9crivait\u00a0:<br \/>En effet, la d\u00e9rive technocratique \u00e9loigne de la pratique et de l\u2019exp\u00e9rience. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9 dans tous les domaines, n\u2019aura pas \u00e9pargn\u00e9 la m\u00e9decine, malgr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019adapter aux singularit\u00e9s de chaque malade. L\u2019h\u00f4pital public a son agence technique sp\u00e9cialis\u00e9e dans la gestion entrepreneuriale. Son nom, typiquement novlangue, Agence nationale d\u2019Appui \u00e0 la Performance (ANAP), est tout un programme, et ses recommandations une source in\u00e9puisable de stup\u00e9faction.<br \/>Dans \u00ab\u00a0les Employ\u00e9s ou la femme sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb, paru en\u00a01838, Balzac \u00e9crit d\u00e9j\u00e0\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La bureaucratie, pouvoir gigantesque mis en mouvement par des nains, est n\u00e9e ainsi.<\/em> [\u2026]<em> Les Bureaux se h\u00e2t\u00e8rent de se rendre indispensables en se substituant \u00e0 l\u2019action vivante par l\u2019action \u00e9crite, et ils cr\u00e9\u00e8rent une puissance d\u2019inertie appel\u00e9e le Rapport. <\/em> [\u2026]\u00a0<em>La France allait se ruiner malgr\u00e9 de si beaux rapports, et disserter au lieu d\u2019agir. Il se faisait en France un million de rapports \u00e9crits par ann\u00e9e\u00a0; aussi la bureaucratie r\u00e9gnait-elle\u00a0! <\/em> [\u2026]<em>Enfin elle inventait les fils lilliputiens qui encha\u00eenent la France \u00e0 la centralisation parisienne, comme si, de 1\u00a0500 \u00e0 1\u00a0800, la France n\u2019avait rien pu faire sans trente mille commis.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>Balzac a vu la graine bureaucratique germer et en a imm\u00e9diatement d\u00e9cel\u00e9 les tares cong\u00e9nitales\u00a0: la manie du rapport, la paralysie due \u00e0 la centralisation et la ruine pour tout r\u00e9sultat. Pour compl\u00e9ter le tableau, ajoutons l\u2019organisation incessante de r\u00e9unions, ne serait-ce que pour fixer la date de la prochaine r\u00e9union. Le refus de participer \u00e0 une r\u00e9union est v\u00e9cu comme le dernier outrage par les bureaucrates. Balzac n\u2019\u00e9tait pas le seul \u00e0 avoir pressenti les ravages de la bureaucratie. Comme le rappelle le sociologue Michel Crozier\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tocqueville a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 que cette administration omnipr\u00e9sente, qui s\u2019occupe de tout et qui sait toujours mieux que les citoyens ce qui leur convient, \u00e9touffe leurs initiatives, diminue leur int\u00e9r\u00eat pour le bien public et engendre constamment par son agitation brouillonne les probl\u00e8mes qu\u2019elle devra finalement r\u00e9soudre. <\/em>[\u2026] <em>Ne pouvant tout contr\u00f4ler, elle s\u2019acharne \u00e0 d\u00e9velopper des r\u00e8glements, ajoutant la m\u00e9fiance au contr\u00f4le et for\u00e7ant tout le monde \u00e0 l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>La plus belle r\u00e9ussite de la bureaucratie, qui fait un tort consid\u00e9rable au monde hospitalier, est sans doute son aptitude \u00e0 dilater le temps et \u00e0 diluer les responsabilit\u00e9s. Ce qui dans la vraie vie prend une heure, prend dans la vie bureaucratique un trimestre, un semestre, une ann\u00e9e. Pour justifier son existence et surtout ne pas laisser penser qu\u2019il ne sert \u00e0 rien, chaque \u00e9chelon, et il s\u2019en cr\u00e9e de nouveaux en permanence, caquette en r\u00e9unions multiples, se divise en groupes et sous-groupes de travail, commissions et sous-commissions, pond des rapports et sous-rapports (\u00ab\u00a0rapports d\u2019\u00e9tape\u00a0\u00bb), met son grain de sel \u00e0 tout propos, un grain de sable en r\u00e9alit\u00e9, contredit l\u2019\u00e9chelon inf\u00e9rieur, avant d\u2019\u00eatre contredit par l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur.<br \/>Plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s Balzac et Tocqueville, le philosophe Michel Henry a d\u00e9crit ainsi la nature de l\u2019administration\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019incomp\u00e9tence du politique se laisse reconna\u00eetre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chacun des organismes qu\u2019il met en place et culmine dans l\u2019administration. Le propre de celle-ci est, sous pr\u00e9texte de d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de substituer partout ses probl\u00e8mes, ses m\u00e9thodes, ses int\u00e9r\u00eats, bref sa finalit\u00e9 bureaucratique propre, aux finalit\u00e9s vivantes des entreprises individuelles vis-\u00e0-vis desquelles elle se comporte comme une contrainte ext\u00e9rieure et comme une force de mort.\u00a0\u00bb<\/em> Il souligne notamment la capacit\u00e9 de l\u2019administration \u00e0 organiser de fa\u00e7on autonome sa propre croissance, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une tumeur maligne qui capte \u00e0 son profit les ressources de l\u2019organisme au sein duquel elle se d\u00e9veloppe.<br \/>La bureaucratie de papa, source d\u2019aimables plaisanteries, s\u2019est transform\u00e9e en outil toxique avec l\u2019\u00e8re des \u00ab\u00a0managers\u00a0\u00bb et le tournant gestionnaire des ann\u00e9es 1980. Ce tournant a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 par de nombreux sociologues et psychologues du travail, comme en France <a target=\"_blank \" href=\"https:\/\/www.cairn.info\/magazine-sciences-humaines-2012-11.htm\" rel=\"noopener\">Christophe Dejours et Yves Clot<\/a>. Pour le premier, les acteurs de terrain ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur savoir et de la ma\u00eetrise de leur travail. Cette \u00e9volution s\u2019est accompagn\u00e9e de la perte des solidarit\u00e9s en raison de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9valuation individuelle. Elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une la souffrance \u00e9thique, car les agents sont tenus d\u2019agir en contradiction avec les valeurs qui leur ont fait choisir un m\u00e9tier au service des autres.<br \/>Yves Clot oppose pour sa part le travail bien fait au travail emp\u00each\u00e9, le travail prescrit au travail r\u00e9el. Il consid\u00e8re que proposer de \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb les cons\u00e9quences psychiques des organisations de travail d\u00e9faillantes par la \u00ab\u00a0gestion\u00a0\u00bb des risques psychosociaux est une aberration suppl\u00e9mentaire\u00a0:<br \/><em>\u00ab\u00a0Pour tout dire, je ne crois pas que ceux qui travaillent dans ce pays soient des sinistr\u00e9s \u00e0 secourir. La victimologie ambiante, quand elle devient une gestion de la plainte \u201cpar en haut\u201d, n\u2019est souvent qu\u2019un faux pas qui accro\u00eet, par un choc en retour, la passivit\u00e9 des op\u00e9rateurs. <\/em>[\u2026]<em> Le monde du travail qui vient est un hybride social\u00a0: une sorte de n\u00e9ofordisme se met en place, mont\u00e9 sur coussin compassionnel. La pression productiviste se dote d\u2019amortisseurs psychologiques. L\u2019engagement dans une performance trop souvent \u201cfactice\u201d se marie \u00e0 l\u2019accompagnement de l\u2019\u00e9chec mal v\u00e9cu, comme s\u2019il fallait, pour supporter l\u2019insupportable, trouver en chacun des r\u00e9serves personnelles encore sous-utilis\u00e9es. Une certaine psychologie a, plus ou moins \u00e0 son corps d\u00e9fendant, trouv\u00e9 sa place dans l\u2019organigramme. Mais la nouvelle orthop\u00e9die sociale qui la retourne la prive aussi d\u2019une possibilit\u00e9 qu\u2019elle pourrait pourtant saisir\u00a0: se rapprocher des n\u0153uds du travail r\u00e9el pour, en situation, les d\u00e9faire en association avec ceux qui, seuls, ont les moyens de le faire.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>La souffrance est devenue le quotidien pour un nombre \u00e9lev\u00e9 d\u2019agents ou de victimes de l\u2019administration, \u00e0 tous les niveaux. Certains finissent par se suicider sur leur lieu de travail ou dans les locaux de l\u2019administration qui les a pouss\u00e9s \u00e0 bout. Le harc\u00e8lement moral est une technique manag\u00e9riale en vogue et le sadisme une des qualit\u00e9s premi\u00e8res pour monter dans la hi\u00e9rarchie des bureaux. <em>\u00ab\u00a0Les cha\u00eenes de l\u2019humanit\u00e9 tortur\u00e9e sont en papiers de minist\u00e8res\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crivait Kafka.<br \/>Dire que nous vivons une crise des politiques publiques est peu dire. Les d\u00e9cisions des dirigeants au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies ont conduit \u00e0 un \u00e9chec financier et surtout moral de plus en plus visible. Les services publics sont dans un \u00e9tat d\u00e9sastreux. La souffrance y est d\u00e9ni\u00e9e. Parler de harc\u00e8lement institutionnel n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9. Cette situation mis\u00e9rable est l\u2019aboutissement de ce que le philosophe du droit et professeur au Coll\u00e8ge de France Alain Supiot a appel\u00e9 <em>\u00ab\u00a0la gouvernance par les nombres\u00a0\u00bb<\/em>. Il a magistralement analys\u00e9 cette transformation dans <a target=\"_blank \" href=\"https:\/\/www.fayard.fr\/pluriel\/la-gouvernance-par-les-nombres-9782818506271\" rel=\"noopener\">un livre qui porte ce titre<\/a> (Fayard, 2015). Il \u00e9crit\u00a0:<br \/>L\u2019indicateur sature la langue manag\u00e9riale. On entend souvent politiques ou hauts fonctionnaires prononcer cette phrase appliqu\u00e9e \u00e0 tous les domaines\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faudrait quelques indicateurs bien choisis, en petit nombre.\u00a0\u00bb<\/em> Derri\u00e8re une apparence de bon sens, cette proposition de retenir quelques indicateurs \u00ab\u00a0bien choisis\u00a0\u00bb \u2013 on ne dit pas comment \u2013 cache une erreur conceptuelle d\u00e9sormais bien d\u00e9montr\u00e9e. La loi de Goodhart devrait pourtant \u00eatre connue de nos \u00e9lites\u00a0: lorsqu\u2019une mesure devient un objectif, elle cesse d\u2019\u00eatre une bonne mesure. Un indicateur manipulable transform\u00e9 en objectif a imm\u00e9diatement des effets pervers. Les exemples d\u2019indicateurs pervertis ne manquent pas. Ce sont les flacons d\u2019antiseptiques vers\u00e9s dans le lavabo d\u00e8s que leur consommation a servi \u00e0 \u00e9valuer le suivi des r\u00e8gles d\u2019asepsie, ou le refus des malades difficiles par les chirurgiens cardiaques am\u00e9ricains quand le taux de mortalit\u00e9 chez leurs op\u00e9r\u00e9s devait servir \u00e0 les classer \u2013 indicateur rapidement abandonn\u00e9. Et que dire de la proposition du pr\u00e9sident Sarkozy qui avait envisag\u00e9 que le taux de mortalit\u00e9 de chaque h\u00f4pital soit affich\u00e9 dans le hall d\u2019entr\u00e9e des \u00e9tablissements\u00a0?<br \/>Le management par objectifs et indicateurs doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme maltraitant. On sait pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 Supiot l\u00e0 encore, que <em>\u00ab\u00a0cette pratique s\u2019est r\u00e9pandue qu\u2019il s\u2019agisse de la bibliom\u00e9trie pour le chercheur, de la cr\u00e9ation de valeur pour l\u2019actionnaire ou de la r\u00e9duction du d\u00e9ficit public au-dessous de la barre des 3\u00a0% du PIB pour les \u00c9tats. Le pullulement des \u201ccontrats d\u2019objectifs\u201d d\u00e9courage l\u2019inventaire\u00a0: contrats de plan \u00c9tat-r\u00e9gion, contrats d\u2019objectifs et de moyens pour la formation professionnelle, plans climat-\u00e9nergie territoriaux, contrats pluriannuels d\u2019objectifs et de moyens en sant\u00e9, contrats d\u2019objectifs des juridictions administratives, contrats pluriannuels d\u2019\u00e9tablissement entre l\u2019\u00c9tat et les universit\u00e9s, etc.\u00a0\u00bb<\/em> La recherche scientifique a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9e par l\u2019instauration d\u2019indicateurs. Elle s\u2019est mu\u00e9e en recherche de publications d\u00e8s lors que l\u2019\u00e9valuation des chercheurs s\u2019est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 un indicateur.<br \/>Cet indicateur n\u2019\u00e9value pas la qualit\u00e9 des publications mais leur nombre, et, dans le cas des recherches biom\u00e9dicales, se traduit en recettes suppl\u00e9mentaires pour l\u2019\u00e9tablissement hospitalier auquel sont rattach\u00e9s les chercheurs. Pour ces deux raisons, la perversion de cet indicateur tient du prodige. Ce mode d\u2019\u00e9valuation incite \u00e0 tricher. Les cas d\u2019inconduite scientifique se multiplient\u00a0: donn\u00e9es embellies, donn\u00e9es fabriqu\u00e9es, plagiats. Le syst\u00e8me de points Sigaps (Syst\u00e8me d\u2019Interrogation, de Gestion, d\u2019Analyse des Publications scientifiques) \u00e9tabli en France a fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude canadienne qui montre que dans les douze ans qui ont suivi l\u2019instauration de cet indicateur, le nombre de publications par les centres hospitaliers et universitaires fran\u00e7ais a augment\u00e9 de 45\u00a0%. Selon la revue \u00ab\u00a0Nature Index\u00a0\u00bb, qui a analys\u00e9 le devenir de 5\u00a0millions d\u2019articles scientifiques publi\u00e9s entre 1980 et 1990, seuls deux sur 100\u00a0000 restent marquants plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s leur parution.<br \/>Les organismes de recherches, comme en France le CNRS, se rendant compte des effets pervers de ce mode d\u2019\u00e9valuation, abandonnent progressivement les indicateurs bibliom\u00e9triques. Au lieu de demander \u00e0 un chercheur quel est son score Sigaps, on lui posera une question bien plus embarrassante\u00a0: qu\u2019avez-vous apport\u00e9 \u00e0 votre domaine de recherche, quelle \u00e9nigme avez-vous r\u00e9solue, quels sont les r\u00e9sultats marquants auxquels vous \u00eates parvenus\u00a0? Beaucoup seront bien en peine de r\u00e9pondre et les authentiques chercheurs sortiront du lot. Cette \u00e9valuation qualitative favorisera l\u2019inventivit\u00e9, l\u2019originalit\u00e9, et sera un bon rem\u00e8de \u00e0 la graphorrh\u00e9e actuelle.<br \/> <span>Abonnez-vous&nbsp;!<\/span> Soutenez le travail d&rsquo;une r\u00e9daction engag\u00e9e et rejoignez notre communaut\u00e9 de 200&nbsp;000 abonn\u00e9s. <br \/>Quel kit de survie utiliser en milieu bureaucratique\u00a0? L\u2019humour reste une arme redoutable, le d\u00e9dain aussi. Il faudrait se d\u00e9barrasser des contraintes en y r\u00e9pondant de fa\u00e7on exp\u00e9ditive, sans prendre trop au s\u00e9rieux les exigences superflues qui nous sont impos\u00e9es chaque jour. R\u00e9pondre n\u2019importe quoi n\u2019a aucune importance, du moment que l\u2019on r\u00e9pond\u00a0: feindre une all\u00e9geance donnera \u00e0 l\u2019administration le sentiment du devoir accompli et nous m\u00e9nagera plus de temps pour le travail utile.<br \/>Surtout, il est grand temps de prendre un tournant antiman\u00e9g\u00e9rial en laissant les professionnels exprimer leurs qualit\u00e9s et leurs comp\u00e9tences. Respectons leur savoir, leur autonomie et leur solidarit\u00e9. Proposons le retour \u00e0 des organisations choisies, disant avec Guy Debord\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Nous ne pouvions rien attendre de ce que nous n\u2019aurions pas modifi\u00e9 nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>Trop d&#039;A l&#039;aise blaise partout&#8230;<br \/>coucou,    les mots sur les maux.    En fait facetruc n&#039;a pas invent\u00e9 m\u00e9tavers mais c&#039;est la r\u00e9alit\u00e9 qui a invent\u00e9 m\u00e9tavers !  Comme vous dites, comment notre g\u00e9n\u00e9ration ( j&#039;ai 57 ans)  a pu laisser faire ?    Tr\u00e9s tr\u00e9s bon papier.    Bonne soir\u00e9e    St\u00e9phane  <br \/>Cet article a une saveur pariculi\u00e8re au moment ou le &#034;nain&#034; burocrates en chef d l APHP se laisse aller \u00e0 tenter , de mani\u00e8re pitoyable,  la cr\u00e9ativit\u00e9 dans sa derni\u00e8re pollution m\u00e9diatique<br \/>Le drame c\u2019est que cette bureaucratie on la retrouve dans toutes les administrations. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on se retrouve un nombre de fonctionnaire bien sup\u00e9rieur aux autres pays comparables.  Le drame pour simplifier et r\u00e9duire le nombre de ces bureaucrates, on va cr\u00e9er d\u2019autres strates pour analyser, proposer et enterrer<br \/>Et si jamais une personne s&#039;avise \u00e0 dire &#034;il faut r\u00e9duire le nombre de fonctionnaires&#034;, un bon nombre de gens vont r\u00e9pondre &#034;&#039;vous voulez moins de profs, moins d&#039;infirmiers, moins de policiers&#034; (le triptyque habituel)&#8230; <br \/>Comme quoi vous prouvez effectivement que d e dire &#034;il faut r\u00e9duire le nombre de fonctionnaires &#034;ne veut rien dire en soi !<br \/>Tribune salutaire&#8230; Quand on voit le sch\u00e9ma g\u00e9ant et inextricable de l&#039;ensemble des organismes de Sant\u00e9 en France, on h\u00e9site entre \u00e9clater de rire ou pleurer&#8230; Et on sait bien que les ARS et autres strates \u00e0 la noix sont destin\u00e9es \u00e0 occuper des Bac+5 (Biostatisticiens, Economistes de la Sant\u00e9, etc&#8230; plus leurs indispensables Secr\u00e9taires, et indispensables voitures de fonctions), afin non pas de travailler \u00e0 mieux soigner les fran\u00e7ais, mais d&#039;\u00e9tudier sans fin le vrai travail, concret, du personnel hospitalier et m\u00e9dical (faire des tableaux Excel soporifiques, des rapports illisibles, des r\u00e9unions interminables). Nous avons invent\u00e9 une caste de commentateurs du travail des autres, et qui est 2 \u00e0 10 fois mieux pay\u00e9e que ceux qui bossent au chevet des malades ! Mais qui aura le courage d&#039;envoyer tout ce beau monde se reconvertir fissa \u00e0 l&#039;ANPE du coin ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/sante\/20220129.OBS53836\/excel-m-a-tue-comment-la-bureaucratie-a-asphyxie-notre-systeme-hospitalier.html\">source<\/a><\/p>\n<!--CusAds0-->\n<div style=\"font-size: 0px; height: 0px; line-height: 0px; margin: 0; padding: 0; clear: both;\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#039;ObsT\u00e9l\u00e9ObsSuppl\u00e9mentsHors-S\u00e9rie&laquo;&nbsp;Les Tricheurs&nbsp;&raquo;, jeunesse vintageUn sex-toy sur l&rsquo;&eacute;tag&egrave;re du salon&nbsp;? Oui, mais design&nbsp;!&laquo;&nbsp;Excel m&rsquo;a tu&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp;: comment la bureaucratie a asphyxi&eacute; notre &hellip;La dur&eacute;e du certificat de r&eacute;tablissement du Covid bient&ocirc;t &hellip;Val&eacute;rie P&eacute;cresse, en 29 langues dans Wikip&eacute;dia Psychiatre Dans une tribune \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019Obs\u00a0\u00bb, le psychiatre Bernard Granger, d\u00e9fenseur de la premi\u00e8re heure du service public hospitalier, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAow1sXXCw:productID":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3094","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3094","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3094"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3094\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3094"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3094"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monblogeur.tech\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3094"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}