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Relocalisation de la confection textile : la formation au cœur des enjeux 3/3 – La Tribune Marseille

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Avec les vagues de délocalisation de l’industrie textile, ce ne sont pas seulement des emplois que la France a perdu. Ce sont aussi des savoir-faire. Bon nombre des couturiers qui travaillaient dans ces usines sont partis en retraite. D’autres ont été obligés de se reconvertir, perdant de leurs compétences en couture.

A Marseille, Les Ateliers français de confection ont pu s’appuyer sur la main d’œuvre de l’entreprise Cap Indus qu’ils ont rachetée. « Cet atelier a employé jusqu’à 150 personnes. Ils faisaient du cuir, des vêtements, des sous-vêtements, des maillots de bain. Mais bon nombre de leurs clients ont disparu ou ont préféré délocaliser leur production », raconte Julien de Vernisy qui décide donc, avec sa sœur, de racheter l’entreprise en gardant une bonne partie de l’équipe. Des femmes pour la plupart, expérimentées, qui s’attellent à transmettre leur savoir-faire aux jeunes recrues, stagiaires ou apprentis. « Quand ce sont des profils auxquels on croit », précise l’entrepreneur, quelque peu amer. « La couture est un métier difficile. On passe 7 heures derrière une machine. Et il faut plusieurs années d’expérience avant d’atteindre une certaine maturité. Mais avec les jeunes, c’est compliqué. On a toujours joué le jeu en prenant des stagiaires, des apprentis… Mais très souvent, ils ne savent pas pourquoi ils sont là ».

La couture, un métier difficile et dévalorisé

Toutes les entreprises interrogées font le même constat. Pas facile de trouver des jeunes motivés, aptes à travailler en couture. Pour Anne Cécile Ratsimbason, fondatrice de Le Stylisme médical à Nice, plusieurs raisons peuvent être l’expliquer.

« Dans les écoles, le métier de couturier n’est plus en vogue, contrairement au design de mode. Le travail manuel n’est pas sexy. On l’associe souvent à une voie de garage. J’ai étudié la mode dans une école à Berlin. Beaucoup de mes camarades se disaient que ce n’était pas si grave s’ils ne savaient pas coudre, qu’ils pourraient sous-traiter cela pour se concentrer sur le design ».

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Une tendance qui nuit selon elle à la profession. « Si on est créateur et qu’on n’a pas appris à coudre, on se retrouve vite en porte-à-faux avec les couturières. On ne se rend pas compte qu’un jean demande autant de temps pour être fabriqué. Moi qui sais coudre, j’ai des échanges beaucoup plus clairs avec ma couturière ».

Pour changer la donne et reconstituer un vivier de talents, les entreprises de confection tentent malgré tout d’accueillir un maximum de jeunes. « Avec eux, on est dans la séduction », assure Sahouda Maallem, patronne du chantier d’insertion 13 Atipik à Marseille. « On prend le temps de les former, de leur faire découvrir la filière ».

Pour parvenir à se développer malgré la pénurie de talents, l’atelier niçois Le Point Français (passé de 1 à 40 salariés en 2 ans) a trouvé une solution : la création d’une cellule de formation en interne, par le biais de l’Action formation préalable au recrutement (AFPR), un dispositif de Pôle Emploi qui permet de former des personnes tout en leur versant une aide au retour à l’emploi en vue de l’obtention d’un poste dans une entreprise.

Chacun son astuce donc. Et chacun dans son coin tant la main d’œuvre est rare, mettant les entreprises en concurrence. « Nous passons tous beaucoup de temps sur la formation, l’accompagnement, notamment dans les structures de l’insertion », remarque Sahouda Maallem (13 Atipik). « Mais parfois, je peux avoir un profil qui conviendrait mieux à une autre structure plus industrielle, et inversement. Il faudrait davantage de passerelles entre nous ».

Une école de production pour former et soulager les entreprises locales

Pour avancer collectivement – et plus vite – sur cet épineux sujet de la formation, le collectif Fask vient de lancer Fask Academy, une école de production qui sera située dans le quartier des Aygalades à Marseille (15e arrondissement), sur une surface de 650 mètres carrés.

« Les écoles de production sont un concept lyonnais né à la fin du XIXème siècle », explique Jocelyn Meire, fondateur de Fask. « On en compte 36 en France. Il s’agit d’écoles privées hors contrat, gratuites, dont un tiers du budget provient de la vente de produits fabriqués par les élèves ». Il s’agira en fait de répondre aux besoins de main d’œuvre des entreprises locales.

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Anne Cécile Ratsimbason (Le Stylisme médical) entend ainsi faire appel aux forces vives de l’école lorsque ses couturières niçoise et allemandes seront débordées, ce qui est fréquent. « Nous avons aussi des discussions avec de grands donneurs d’ordres comme Kaporal qui pourrait nous confier des collections capsules ». Et pourquoi pas davantage ensuite si l’intérêt des clients se confirme.

Jocelyn Meire pense aussi à des acteurs non directement liés à la mode. « Des entreprises événementielles pourraient faire appel à nous pour réaliser des tote-bags fabriqués en France, dans le cadre de leur démarche RSE ».

Pendant leur formation, les élèves passeront chaque semaine 20 heures en atelier et assisteront à 10h de cours théorique. « Au bout de deux ans, nous les présenteront au CAP mode, vêtements flous qui forme des opérateurs d’ateliers de confection ».

Avec un investissement initial financé par la Région Sud, la Fondation TotalEnergies et la Caisse des dépôts, l’école devrait prochainement accueillir une première promotion de 15 élèves âgés de 15 à 18 ans. Pour nourrir des vocations, créer de l’emploi. Et ainsi oxygéner une filière bien déterminée à trouver un nouveau souffle.

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